27/08/2006

Marcel Levaux (2)

DE L'IMMIGRATION A LA SOLIDARITE ET L'EGALITE POLITIQUE

 

C'est depuis fort longtemps qu'il y a des travailleurs d'origine étrangère en Belgique.

Ainsi en 1921, un livre sur la Basse-Meuse relate que "... dès 1860, Sarolay est devenue une localité cosmopolite où Allemands, Albanais, Algériens et Français se coudoient chaque jour à table, à l'atelier, partageant les mêmes plaisirs et les mêmes distractions."

Dans la première moitié de ce siècle, l'apport des travailleurs étrangers, notamment polonais, particulièrement dans les mines, devient important. Au point qu'en 1936, le gouvernement instaure le permis de travail obligatoire pour les étrangers. Ceux-ci représentent environ quatre pour cent de la population, mais dépassent les 20 % parmi les mineurs de fond.

Après la guerre 40/45 et le départ des prisonniers de guerre allemands occupés dans les mines, le gouvernement Van Acker se tourne vers l'Italie pour gagner "la bataille du charbon". En symbiose avec le patronat minier, il passe un accord avec le gouvernement italien pour recruter des dizaines de milliers de travailleurs pour les charbonnages. Ils leur promettent monts et merveilles, mais commencent par les loger dans les bidon-villes en tôle des prisonniers de guerre....

Après l'horrible catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle, le gouvernement et les industriels se tournent vers les Espagnols, les Grecs, les Algériens, les Turcs, les Marocains...

L'appel à cette main d'oeuvre à bon marché du pourtour de la Méditerranée fluctue au gré de la conjoncture économique et gagne tous les secteurs : sidérurgie, textile, travaux publics, transports, constructions métalliques, etc....

Comme le rappelle Philippe Destate dan son livre "L'identité wallonne", le Conseil économique de Wallonie publie en 1962 le "Rapport Sauvy" et ses fameuses remarques démographiques sur le destin wallon. Il recommande une véritable politique d'intégration des étrangers, s'appuyant sur le regroupement familial, le droit à disposer d'une habitation décente et un renversement total de perspective à l'égard de l'immigration : "Il faut, en effet, sortir l'économie wallonne du cercle vicieux où elle tourne actuellement : on ne crée guère d'emplois parce qu'il n'y a pas de réserves suffisantes de main-d'oeuvre, et l'on renonce à faire venir de la main-d'oeuvre parce qu'il n'existe guère d'emplois vacants".

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le gouvernement et le monde financier n'ont pas prêté une grande attention à ces requêtes. Pour le monde patronal, dans les années 50/60, l'immigration est surtout un moyen de faire pression sur les salaires pour que ceux-ci augmentent le moins possible avec le plein emploi.

Dès 1974, le gouvernement décide de stopper légalement l'immigration. Aujourd'hui, la présence des travailleurs étrangers avec leur famille est stabilisée autour de 10 % de la population du pays.

LE ROLE DECISIF DES SYNDICATS POUR LA COHESION SOCIALE

Les syndicats ne sont pas restés passifs devant cette évolution. Les travailleurs immigrés ont été accueillis dans leurs rangs sur pied d'égalité.

Même si la loi du 20 septembre 1948, en son article 16, ne permettait pas qu'ils soient élus dans les Conseils d'Entreprise tout en étant admis à voter, beaucoup d'entre eux ont été élus délégués syndicaux par l'ensemble de leurs compagnons de travail belges et immigrés.

Depuis 1956, la loi reconnait aux immigrés le droit d'être élus aux Conseils d'Entreprise ainsi qu'aux Comités de Sécurité et d'Hygiène. En 1975, la mention de la nationalité disparait de la procédure électorale sociale. Ainsi tous les travailleurs, sans distinction d'origine entre eux, peuvent assumer toutes les responsabilités sociales.

Pourquoi donc ce qui ne pose aucun problème et qui se passe normalement sur le plan social n'est-il pas accepté sur le plan politique ?

Sans doute parce que les détenteurs de la puissance financière et les notables publics de tout bord redoutent comme la peste l'acquisition par l'ensemble de la population de la citoyenneté responsable. Aujourd'hui, celle-ci est revendiquée avec force bien au-delà du droit de vote passif.

C'est la longue histoire du suffrage universel dont nous espérons l'aboutissement proche. (à suivre)

23:03 Écrit par Jacques Chevalier dans Documentation | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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